C’est dans un décor pour le moins douteux que s’était achevé le premier opus de la série cinématographique des Silent Hill. Laissant les héros sous
l’empreinte’ d’un certain M. Night Shyamalan transmettant son savoir du sixième sens, le spectateur se lève d’une salle obscure, dubitatif…
Si le premier film, jusqu’aux évènements de l’église, est respectueusement fidèle à l’esprit instauré au bijou de Konami, on était en droit de se demander
si le successeur du respecté Christophe Gans serait à la hauteur de la tâche. On se pose donc dans le fauteuil de la grande salle, les lumières s’éteignent et peu à peu… le doute s’efface.
Michael J. Bassett (Solomon Kane) écrit et réalise
Silent Hill : Révélation 3D, dévot à l’esprit du troisème volet de la saga vidéoludique du même nom.
Le film se mêle aux univers du premier film et de la série de jeux. Empruntant l’ambiance si sombre aux rues et intérieurs tous de pixels faits et en
l’injectant prudemment dans la chronologie et le caractère du premier film.
Depuis six ans Heather Mason (Adelaide Clemens) fuit, sans vraiment savoir quoi. Elle et
son père, Harry Mason (Sean Bean), déménagent souvent. Seulement cette fois elle est piégée.
À la veille de ses 18 ans, Heather est en proie à de terribles cauchemars. Elle doit par
la suite faire face à la mystérieuse disparition de son père et apprendra même ce qui est arrivé à sa mère qui, d'après son père, est morte dans un accident de voiture six ans plus
tôt.
Heather n'est pas celle qu'elle croyait être… Cette révélation la plongera dans son plus
obscur cauchemar : Silent
Hill.
Ainsi présenté sur sa page Wikipédia, le scénario de Silent Hill Revelations 3D plonge sans détour dans l’univers torve de Silent Hill 3. La question
est : Comment rendre ce pitch cohérent compte tenu de la fin du premier film, où je vous le rappelle –ATTENTION SPOILER – Rose et sa fille, ayant survécu in extremis au cultistes de la ville
minière, se rendent tranquillement à la maison pour y découvrir qu’elles n’ont jamais réellement regagné leur monde. Cette dimension, bien que plus agréable que celle dont nous avons l’habitude
mais qui avait déjà été suggérée dans le premier jeu, est une sorte de purgatoire : la salle d’attente ou nous aurions tout le temps de méditer nos péchés avant d’être rappelés par l’enfer
industriel de Silent Hill.
Mais sans incohérence le film se pose et se déroule. Tout y est expliqué afin de contenter les plus sceptiques et l’œuvre revendique légitimement ses
statuts d’adaptation et de séquelle.
Côté images on n’est pas en reste. Ne parlons pas de la 3D qui n’a ici rien d’original : effets de projections et animations d’objets qui voudraient
traverser l’écran…bref, on est loin de Pandora.
Penchons-nous plutôt sur le labeur des artistes peuvent se vanter fièrement de fournir au film des décors et des créatures dignes de la grande saga. Toutes
grotesques , dérangeantes, désarticulées, mal intentionnés. Tout y est pour peupler une grande et vraie Silent Hill.
Simplement on pardonnera –ou pas – certaines étourderies graphiques telles qu’une pluie de cendres rajoutée postproduction et qui atterrit à quelques
centimètres du vraisol sur certains plans ou le panneau qui vous souhaite la
bienvenue à Silent Hill qui est maintenant à gauchede la route (les cultistes
l’ont-ils déplacés pour le poisson d’avril ?) alors que nous sommes toujours aux Etats-Unis et que la législation routière n’a pas changé : Tout le monde roule à droite.
Vous trouverez en regardant le film d’autres étourderies du même genre qui ne gêneront pas pour autant le spectacle offert par cette ville qui fait
également ressurgir le très apprécié Pyramide Head.
Peut-être le personnage de trop me dira-t-on. L’industrie du cinéma a bien su identifier que ce bonhomme tétraèdre au couteau improbablement gigantesque
est une des figures les plus appréciées de l’univers du jeu vidéo. Il semble que si d’autres opus venaient à paraître sur grand écran, il y aurait fort à parier qu’on l’y reverrait. Ce personnage
si emblématique va être vidé de toute substance avant qu’il se décide à ne plus montrer le bout de son « angle » dans un film. Mais les spectateurs s’en seront déjà lassés.
Alors s’il vous plait : pour un prochain Silent Hill dans les salles obscures, pas de Pyramide Head !
Toutes les composantes d’un film forment le résultat final et s’articulent entre elles. L’univers ne va pas sans les protagonistes, les protagonistes ne
vivent pas sans le jeu d’acteur, le jeu d’acteur induit les évènements et les évènements sont mis en valeur grâce à la bande son.
Alors que certains protagonistes montent en personnalité (Harry, Heather…) d’autres perdent en charisme et certains sont même
inutiles. Regrettons Dahlia qui n’est plus que l’ombre insipide de ce qu’elle a pu représenter dans le premier film ou Rose, qui par la rareté de ses interventions n’est plus qu’un élément du
décor. Vincent, déjà pas très utile au jeu, ne représente dans ce volet que l’élément sentimental (puisqu’il en faut un). Heather et Vincent nous servent une « Petite maison dans Silent Hill » ou comment faire de l’eau de rose dans un univers
terrifiant.
Nous sommes sur le point de crever Heather ! Il nous reste dix secondes pour courir alors prenons en cinq pour nous rouler un
patin !
Mais pourquoi pas. Cela ajoute peut-être un peu de calme et permet au spectateur de se détendre entre deux gênes si brillamment induites par l’ambiance
Silenthillienne.
Le jeu d’acteur quant à lui ne casse pas trois pattes à un canard. Ce n’est ni bon ni mauvais (à part toi Sean qui t’efforce de ne pas mourir dans un de
tes films pour une fois !), c’est un jeu d’acteur qui amène les évènements les uns après les autres. Evènements qui, comme je le disais, vivent grâce au travail sonore.
Celui-ci, dirigé encore une fois par Akira Yamakoa, preuve d’excellence, emprunte la voie de l’adaptation et joue essentiellement des sons et musiques
souvent entendus dans les jeux et le film de Gans (où l’on trouvait déjà essentiellement des musiques du jeu vidéo). De rares sonorités sont créées pour SHR 3D et c’est ce qui lui permet de
s’identifier comme un élément d’un tout plus grand. Respect des valeurs familiales mais aussi démarcation et émancipation musicale, sonore…
Silent Hill premier du nom reste l’une des adaptations de jeu vidéo les plus intéressantes et les plus travaillées, quoi qu’on en dise. Le second volet ne
devait pas entacher cet état de fait.
Le bilan reste mitigé après visionnage. A une époque où chaque film qui sort doit être garni d’au moins une suite, on retrouve les disparus d’une
génération d’acteurs(Sean Bean aka Boromir, Cary-Ann Moss aka Trinity) donnant la réplique à une nouvelle (Kit Harington aka JonSnow), SHR 3D ne « déchire » pas comme son
acronyme en Leet pourrait le laisser penser mais a au moins le mérite d’exister. Bien fourni en fanservice et en références, le film saura satisfaire une catégorie de fans et les spectateurs qui
ont apprécié le premier film. Puristes s’abstenir !
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