Vendredi 18 mai 2012
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En 1999, au Resident Evil de Capcom s'oppose une autre vision de la peur. Celle du Silent Hill de Konami. Le premier se pose dans un univers relativement réaliste ou tout élement horrifique a une
explication logique et scientifique (même délirante) et qui se base sur les sursauts et la peur rationelle du monstre en face de nous. La peur panique en somme. Le second propose une approche
plus psychologique et implique le joueur à un point rare. Tout d'abord avec son contexte plus fantastique. Cette fois, il ne s'agit plus de zombis sans cervelle mais d'une puissance démoniaque
omnisciente et omnipotente qui peut frapper n'importe ou et n'importe quand. La ville elle même est un personnage à part entière et la plus grande menace. Cette idée est née de l'imagination de
Keiichiro Toyama, game designer et scénariste qui a proposé ce défi à Konami en arguant que Resident Evil ne lui avait jamais fait aucun effet et qu'il pouvait faire mieux. L'homme sera
responsable de Silent Hill premier du nom et de Forbidden Siren.
Après un premier épisode qui reste dans les mémoires comme un des plus effrayants du genre, une suite plus mélancolique qu'horrifique mais ô combien fantastique (encore considéré aujourd'hui
comme le meilleur survival horror de tous les temps), Konami sort en 2003 la suite directe du tout premier Silent Hill. J'ai nommé : Silent Hill 3.
Après un terrible cauchemar ou elle errait dans une ville infernale, Heather, jeune fille de 17 ans, se réveille dans le bar d'un centre commercial, où elle s'était apparemment endormie. En
décidant d'aller passer un coup de téléphone à son père, elle se fait aborder par Douglas, un détective, qui prétend avoir des informations importantes à lui apprendre au sujet de sa naissance.
Bien que Heather lui exprime son désintérêt, il insiste. Elle décide donc d'aller aux toilettes des femmes pour qu'il ne puisse pas la suivre, puis elle s'enfuit par la fenêtre. Mais en échappant
à son gêneur, elle se retrouve prisonnière d'une réalité altérée.
L'arrivée de ce M. Douglas dans la vie de Heather semble réveiller un souvenir oublié au plus profond de sa mémoire. En parallèle, son entrée dans cet univers mystérieux se transforme vite en
cauchemar, puis en véritable enfer. Heather va retourner dans le centre commercial, mais toute trace humaine l'y aura déserté, et en lieu et place vont se trouver toute une série de monstres. Son
chemin alternera entre une pseudo-réalité teintée de cauchemar et une dimension parallèle atteignant le fond de l'horreur. Dans cette autre dimension, elle fera la connaissance d'une femme
inquiétante nommée Claudia, qui l'invite à se souvenir de qui elle est, et de revenir à Silent Hill "là ou tout a commencé".
Silent Hill 3 sorti uniquement sur PS2 et PC est désormais disponible sur consoles HD grâce à Silent Hill HD "Collection" (notez les guillemets) comprenant les épisodes 2 et 3. Il s'agit du seul
épisode de la série à proposer un personnage principal féminin. Etrangement il s'agit presque d'une tradition du survival horror à laquelle Silent Hill a toujours échappé. Ce troisième épisode
est donc l'exception. Mais attention, Heather n'est ni Fiona Belli ni Jennifer la Precious Little Girl. Heather a un caractère bien trempé et malgré sa féminité qui automatiquement la rend plus
vulnérable, la miss sait se défendre, aussi bien avec les armes qu'avec les mots.
Il s'agit aussi du seul épisode à être la suite directe d'un autre. Silent Hill 2 et 4 seront plus ou moins liés mais dans le cas de Silent Hill 3, l'histoire poursuit les évènements et révèle
des mystères non résolus du premier. Alessa Gilespie, Dieu, le culte et autres détails font leur retour. Si on déplorera de nouveau la disparition (cette fois ci totale) de la sirène, on sera
ravi du retour de l'Otherworld de Silent Hill 1. A savoir non plus le Silent Hill altéré, triste et crasseux et Silent Hill 2 mais le bon vieux Silent Hill noir, horrible, plein de sang, de
rouille, de grilles qui remplacent le sol et autres horreurs. Bref, le Silent Hill "hellish" du premier jeu de la série.
L'ambiance graphique est très riche, d'autant plus que pour la première fois de la série, le jeu nous fait jouer dans le monde brumeux, le monde altéré, mais également le monde réel (même si
c'est très bref). L'atmosphère est des plus morbides, glauque et malsaine à souhait. Se payant même le luxe de quelques fantaisies (la maison hantée). Contrairement à Resident Evil et sa maitrise
du précalculé pour enfermer le joueur dans un film d'épouvante parfaitement huilé (plans de caméra suspects et autres contres plongées), Silent Hill opte toujours pour de la 3D en temps réel,
donnant l'impression d'être réellement acteur de ce cauchemar et de ne pouvoir s'en défaire. Nous ne sommes plus en train d'apprécier les détails des développeurs censés foutre la frousse, nous
l'avons pour de bon car nous sommes le personnage principal.
Akira Yamaoka dirige toujours la bande son de main de maitre, alliant somptueuses mélodies (et plusieurs chansons cette fois) et morceaux très industriels à base de bruits métalliques et autres
sons inquiétants venus d'ailleurs comme savait si bien en proposer le premier opus de la série.
Silent Hill 3 ne fait pas dans la finesse et rompt avec l'ambiance mélancolique, psychologiquement torturée et pleine de symboles de Silent Hill 2. Dans cette troisième mouture, la peur est de
nouveau brute, malsaine et infernale. Allant cette fois jusqu'à défigurer des lieux familiers (métro, parc d'attraction, centre commercial) et en nous faisant cette fois incarner la parfaite girl
next door en laquelle bien des filles se reconnaitront. Plus question de personnages torturés cachant un lourd secret. Heather est une fille banale qui n'a rien demandé à personne et qui n'a
qu'une envie, c'est de se sortir de là avec toute la rationalité possible en fer de lance. Heather n'accepte pas son sort, voit les monstres tels qu'ils sont, des monstres qui en veulent à sa
vie, point barre. Point de redemption ni de sens caché à son malheur. Point de Silent Hill dont la ville n'est que la manifestation de son inconscient. La bourgade maudite n'est qu'un moyen et
non plus une fin en soit.
Le jeu multiplie les effets horrifiques et nous enferme littéralement dans le monde infernal. Plus de sirène pour nous avertir. La transition est presque invisible et l'enfer peut nous sauter à
la gorge n'importe quand. Sans doute y sommes nous déjà. Et que dire de cette incroyable scène du miroir dans la salle de bain. Scène qualifiée par beaucoup comme une des plus effrayantes de
toute l'histoire du jeu vidéo. Et le pire? Vous pouvez y rester. Cette scène comme d'autres ne cherchent pas juste à vous effrayer. Le Game Over peut frapper, et il n'hesitera pas.
Pour ma part, Silent Hill 3 est l'épisode que j'ai trouvé le plus difficile. A bien des moments j'ai douté de ma capacité à le finir, les ressources étant trop limitées. Les soins sont rarissimes
et les munitions disséminées avec parcimonie. Autre problème qui en est vraiment un : les énigmes complètement tirées par les cheveux. Si on peut habituellement saluer la série pour ses puzzles
intelligents et recherchés, ce nouvel épisode offre des énigmes parfois sans logique et des moyens de se sortir d'une situation complètement invraisemblables. Plusieurs fois il faudra utiliser un
objet précis sur un endroit précis alors que les deux n'ont à priori pas le moindre lien logique ni de près ni de loin. Et pendant ce temps, vous tournez en rond...
Mis à part ce souçis, on peut aisément qualifier Silent Hill 3 de réussite quasi totale. Il est beau, fait peur, les musiques sont magnifiques (elles seront presque toutes reprises dans le film)
et le scénario ne manque pas d'interet. En gros, un incontournable du genre survival horror.
Et maintenant quelqu'un peut me dire combien de fois j'ai dit "Silent Hill" dans cette critique.... ?
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